Actuellement, il est bon à rien. Il souffre. Il y a quelques mois, il s'est fait larguer par son petit copain et cette rupture lui est toujours aussi difficile à vivre, au fil des jours qui passent. Cela fait quatre mois, aujourd'hui, et il y pense encore, avec amertume, regret... Parfois, il n'y pense pas ou plus, mais jamais il n'oublie, ni n'oubliera, cette belle histoire. Pour lui, elle a été exceptionnelle, inattendue. Il aura toujours une pensée pour celle-ci, le vingtième jour de chaque mois. Il symbolise sa rencontre, le 20 août, ainsi que sa rupture, le 20 octobre, avec cet être aimé. Soit deux mois dans lesquels, il se sera engagé et accroché au garçon qui l'a quitté.
Tel doit être le sort pour ce bisexuel, qui souffre d'avoir succombé au premier amour et au premier chagrin d'amour, pour lesquels, il se serait véritablement converti à être homosexuel. Cette passion, pour ce jeune homme de deux ans de moins que lui, a été un coup un foudre, apparemment. L'un, tout juste majeur. L'autre, pas encore, mais dans deux années. Tous les deux si jeunes, mais à la fois, si fragiles.
Pour le plus vieux, le soi-disant « adulte », il doute à savoir si il connaîtra un jour, un autre coup de foudre, ou quelque chose d'aussi fort. Si ça se trouve, il lui faudra en avoir connu d'autre, pour qu'enfin, avec le temps et le destin, il en trouve un plus magique, plus véritable, un coup de foudre en « or », l'âme s½ur. Il va donc devoir beaucoup creuser afin de trouver la personne qui renferme la personnalité unique, personnelle, et particulière, qui lui suscitera l'émerveillement, et qui lui payera le billet pour ce magnifique voyage qu'est l'amour. Il a cru que c'était le cas avec son jeune amant.
Cependant, il souffre d'amertume. Surtout aujourd'hui, le 20 février, car il se rappelle leur belle relation. Dorénavant, elle ne peut que lui manquer jusqu'à ce que le destin lui sourît.
Des mois sont passés et il a connu quelques problèmes de famille. Que ce soit les conneries de ses frères, ou le manque éprouvé par sa maman et sa s½ur (de quatre ans,) de l'absence du père parti en mission, ou bien ses études... Donc, cela lui a rappelé son but, celui « d'aider les autres avant lui-même ». De ce fait, la séparation qu'il a vécu, qu'il vit, l'a empêché d'être absent les week-ends, afin qu'il gère les péripéties familiales. C'est donc un point positif, qui lui a permis d'accepter la fatalité.
Pourtant, en ce moment, il sait que dans dix jours tout le monde se passera bel et bien de sa présence dans son foyer. Il ne le souhaite pas, car son but est ce qu'il est et il lui permet de ne pas penser à sa personne, à lui-même. Il a besoin d'être utile aux autres, et le fait de ne plus être sollicité par sa famille signifie, qu'il aura du temps pour lui, pour méditer sur « Qu'aurait pu être ma relation amoureuse ? » ou encore « Comment aurais-je pu éviter l'échec de celle-ci ? », cela suivie de d'autres méditations. L'une d'elle étant « Que se serait-il passé chez moi si je n'avais pas été là ? Ma maman se serait-elle suicidée ? »
Puisque le père est bientôt de retour, et que les problèmes sont en voie de résolution, sa mère s'apaisera et reprendra des forces grâce à lui. Elle a souvent été persécutée, tiraillée, par ses autres fils porteurs d'emmerdes, donc elle a besoin d'un pilier pour s'y reposer un peu. Un de ses fils à ennui a vingt ans, l'autre en a dix-sept, et celui du milieu, qui vit son supplice amoureux en silence, en a dix-huit.
Néanmoins, pour quelqu'un qui nécessite une telle envie d'être présent pour les autres, il devine, qu'il s'apprête à vivre un enfer, jusqu'à toucher le fond de l'ennui, de l'inexistence. Il aura du temps pour des remises en question, des remémorations, des souvenirs douloureux, liés au manque de ce fameux garçon. Tout lui sera opportun pour se torturer l'esprit, toutefois il cherchera un moyen de s'aider, de s'en sortir. L'alcool...la drogue...le sexe...le théâtre...le dessin...être modèle pour des cours de nu...la poésie...la lecture...les cours...les automutilations...l'écriture...ses amis...sa famille...sa petite s½ur... Sans vouloir de l'aide de quiconque.
Cependant, une haine augmente au plus profond de lui, inconsciemment. Depuis le jour, où ses parents ont refusé sa relation avec ce premier amour. Cela sous prétexte que l'un était majeur et pas l'autre. Que c'était du détournement de mineur, autrement dit, leur fils serait un « pédophile » à leur yeux, ou plus vulgairement un « pédé », dans sa vraie définition. Le refus de ses parents lui a été annoncé devant lui, son copain et la maman de son copain, qui les avait amené chez lui. Ses parents l'ont humilié et ont déclaré qu'ils avaient « honte » de leur fils.
Pourtant, cela n'a pas empêché que leur histoire se poursuive, mais ça n'a rien facilité non plus. C'est certainement de là, que vient cette hantise qu'il ressent envers sa mère. Sous l'essor de l'alcool, un soir, il s'en est pris à elle. Il en a honte, mais il n'y peut rien, c'était plus fort que lui. La douleur est intense. Il n'a pas su se contrôler. Il souffre en sourdine. Il s'abstient de trop boire, tant qu'il n'aura pas changé sur ce point-là. Voilà donc, un point négatif au fait d'obtenir sa majorité, celui de ne pas pouvoir aimer des mineurs, bien qu'il y ait consentement et qu'il n'y ait que deux ans d'écart.
Les vacances de février sont là, et dans deux jours c'est son anniversaire. Il va fêter ses dix-neuf ans. Un bilan s'imposera, à savoir ce qu'il a déjà accompli en bien...en mal...ce qu'il peut faire...ce qu'il fera... Pour couronner le tout, il jugera si sa vie mérite d'être vécu ou non, si il désire surmonter les difficultés à venir. Mais, ce bilan se fera après demain.
Au jour d'aujourd'hui, il choisit d'avoir un jour de plus à vivre... Un jour de deuil...